Un céréalier de l’Eure-et-Loir m’a appelé en janvier 2025, juste après les fêtes. Sa cuve de fioul domestique affichait 800 litres, de quoi tenir jusqu’à fin février. Il hésitait à commander tout de suite. Le litre était à 1,22 €, en hausse de presque 10 centimes depuis novembre. Son fournisseur lui promettait que ça allait encore grimper avec l’hiver. Il a attendu. Début mars, il a fait le plein à 1,08 €. Différence sur 2 000 litres : 280 €.

Ce n’est pas une histoire de chance. C’est une histoire de logique de marché qu’on peut lire, si on sait où regarder.

Ce qui compose vraiment le prix au litre

Quand votre fournisseur vous annonce un tarif, il ne sort pas un chiffre d’un chapeau. Le prix du fioul domestique repose sur un empilement qu’on retrouve aussi pour le GNR, avec quelques variantes sur la fiscalité.

Le premier étage, c’est le prix du baril de pétrole brut. Le fioul domestique est issu du raffinage du brut, au même titre que le gazole routier et le GNR. Quand le Brent monte de 5 dollars, le fioul domestique suit avec un décalage variant de quatre à six semaines. Ce décalage est crucial : il vous donne une fenêtre de lecture.

Le deuxième étage, c’est le coût de raffinage et de logistique. Une raffinerie en maintenance, des tensions sur le transport fluvial, un dépôt en grève : tout cela se répercute directement. En mars 2025, la raffinerie TotalEnergies de Donges a connu un arrêt technique de trois semaines. Les prix dans le Grand Ouest ont grimpé de 4 à 6 centimes pendant que le reste du territoire restait stable.

Le troisième étage, c’est la marge du distributeur. Elle varie fortement selon la période. En pleine saison de chauffe, un distributeur qui a déjà ses camions saturés n’a aucun intérêt à brader sa marge. En avril, quand la demande s’effondre, il peut rogner 3 à 5 centimes par litre pour faire tourner ses tournées.

Le dernier étage, c’est la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques). Pour le fioul domestique, elle est fixée à 15,62 € par hectolitre en 2025, soit environ 15,6 centimes par litre. Contrairement au GNR qui bénéficie d’un remboursement partiel pour les exploitants agricoles, le fioul domestique supporte la TICPE Pleine. Aucun remboursement. Aucune exonération. Ce poste-là, vous ne le négociez pas.

L’évolution des prix en 2025, mois par mois

L’année 2025 a été marquée par une volatilité qu’on n’avait pas vue depuis 2022. Voici les faits, sans boule de cristal.

Janvier 2025. Le litre débute l’année autour de 1,18 € à 1,22 € selon les régions. La saison de chauffe est pleine, la demande soutient les prix, et le baril de Brent évolue dans une fourchette de 78 à 82 dollars. Les tensions en mer Rouge perturbent encore certaines routes logistiques, ce qui pèse sur les coûts de fret.

Février-mars. Le baril recule sous les 75 dollars, plombé par des perspectives de demande mondiale en berne. Les prix du fioul domestique suivent, lentement. Beaucoup de fournisseurs écoulent leurs stocks achetés plus cher en janvier, ce qui retarde la baisse. Mais en mars, la correction arrive : les prix descendent autour de 1,06 € à 1,10 €, le plus bas de l’année.

Avril-juin. Le printemps maintient les prix sous la barre des 1,15 €. La raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) connaît un arrêt technique en mars-avril qui crée une petite tension locale, vite résorbée. La plupart des distributeurs proposent des tarifs autour de 1,08 € à 1,13 €.

Juillet-août. Le calme plat. Les prix oscillent entre 1,10 € et 1,15 €. Les cours du brut sont stables, la demande est au plus bas. Les exploitants qui chauffent aussi leurs bâtiments d’élevage en profitent pour remplir.

Septembre-octobre. La rentrée fait remonter les prix. Le baril de Brent repasse au-dessus de 80 dollars, anticipant une reprise de la demande hivernale. Le litre de fioul domestique grimpe progressivement, passant de 1,10 € début septembre à 1,18 € fin octobre.

Novembre-décembre. La saison de chauffe bat son plein. Le litre oscille entre 1,20 € et 1,28 €. Un pic à 1,30 € est atteint dans certaines régions début décembre, avant une légère détente à l’approche des fêtes. L’OPEP maintient ses quotas de production, ce qui soutient les prix du brut.

Sur l’ensemble de l’année, le prix moyen du fioul domestique en 2025 s’est établi autour de 1,15 € le litre, avec une amplitude de près de 25 centimes entre le point bas et le point haut. Une cuve de 2 000 litres remplie en mars plutôt qu’en décembre, c’est environ 400 € d’écart.

Les trois facteurs qui dicteront la tendance en 2026

Le cours du fioul domestique ne se décrète pas. Il se lit. Trois plaques tectoniques bougent sous vos pieds.

La politique de l’OPEP et de ses alliés

L’OPEP+ a prolongé ses réductions de production jusqu’à fin 2025, avec une première réouverture partielle annoncée pour avril 2026. Si ces volumes supplémentaires arrivent sur le marché, le baril pourrait céder 5 à 8 dollars. Si au contraire les tensions persistent, le statu quo maintient les prix. Ce qu’il faut surveiller, c’est moins l’annonce officielle que la discipline réelle des pays membres. L’Irak et le Kazakhstan ont régulièrement dépassé leurs quotas en 2024 et 2025. Si cette pratique se généralise, l’offre excédentaire réelle fera baisser les prix même sans annonce formelle.

La demande chinoise

La Chine absorbe environ 15 % de la production mondiale de pétrole. En 2025, sa croissance économique a ralenti, pesant sur la demande de brut. Si cette tendance se confirme en 2026, la pression baissière sur le baril sera mécanique. À l’inverse, un plan de relance massif côté chinois peut faire repartir les cours. Dans les deux cas, l’impact sur votre cuve se verra avec six à huit semaines de retard.

Le contexte géopolitique

Les sanctions contre le pétrole russe, les tensions au Moyen-Orient, le conflit Iran-Israël : chaque secousse rend le marché nerveux. En 2025, les attaques en mer Rouge ont contraint une partie du trafic pétrolier à contourner l’Afrique, ce qui a ajouté un surcoût logistique estimé à 1 ou 2 dollars par baril. Un retour à la normale dans la région effacerait ce surcoût. Une escalade le doublerait.

⚠️ Attention : Les prévisions de prix à long terme sont un exercice périlleux. Les marchés pétroliers ont prouvé en 2020 (baril négatif) et 2022 (baril à 130 dollars) qu’ils peuvent défier toutes les projections. Remplissez votre cuve en fonction de vos besoins réels, pas sur un pari.

Faut-il acheter maintenant ou attendre ?

La question que tout le monde se pose. Elle est légitime, mais mal formulée.

La bonne question n’est pas « le prix va-t-il baisser la semaine prochaine ». Personne ne le sait, pas même les courtiers pétroliers. La bonne question, c’est « quelle est la probabilité que le prix dans trois mois soit plus élevé qu’aujourd’hui, et est-ce que j’ai le temps d’attendre ».

En pratique, trois situations commandent trois décisions.

Votre cuve est presque vide. Si vous êtes sous la barre des 20 % de remplissage, vous n’avez pas de marge de manœuvre. Commander maintenant, c’est éviter la panne et le dégazage forcé de la cuve qui peut en découler. Le prix au litre se discute à 3 centimes près en négociant avec deux ou trois fournisseurs. La vraie économie immédiate est là.

Vous avez encore 40 à 50 % de votre capacité. Vous pouvez temporiser. Surveillez le baril de Brent. Si le cours passe sous les 75 dollars et que le fioul domestique ne suit pas encore, c’est que le décalage est en train de jouer. Patientez deux ou trois semaines, la baisse arrivera chez votre distributeur. Si au contraire le baril franchit 85 dollars, anticipez la hausse et commandez sans tarder.

Vous voulez anticiper l’hiver prochain. La meilleure stratégie depuis vingt ans reste de remplir sa cuve entre avril et juin, quand la demande est au plus bas. Les distributeurs proposent souvent des tarifs plus agressifs pour maintenir leur activité. En 2025, le litre valait 1,08 € en avril contre 1,25 € en décembre. Même avec une évolution défavorable du brut, le creux saisonnier de la demande vous donne un avantage mécanique.

Quant à ceux qui envisagent de se tourner vers la grande distribution, le fioul domestique livré par Intermarché a gagné des parts de marché en 2025. Les prix y sont parfois inférieurs de 2 à 4 centimes au litre par rapport aux pétroliers traditionnels, mais les conditions de livraison (délais, volume minimum, zone couverte) doivent être vérifiées avant de signer.

L’entretien de la cuve, l’oubli qui coûte cher

Un cours du fioul avantageux ne sert à rien si votre installation vous fait consommer 10 à 15 % de plus que nécessaire. Une cuve ancienne, un brûleur mal réglé, un fond de cuve encrassé : tout cela réduit le rendement de votre chaudière et augmente votre consommation.

Le nettoyage d’une cuve à fuel permet d’éliminer les boues et les dépôts qui encrassent les filtres et altèrent la combustion. Une cuve propre, c’est un brûleur qui fonctionne dans ses plages de rendement nominal. Sur une consommation annuelle de 2 500 litres, un gain de rendement de 5 % représente 125 litres économisés, soit environ 140 € sur la saison de chauffe 2025-2026.

Les exploitants agricoles connaissent bien ce principe pour leurs cuves de GNR. Un tracteur mal alimenté consomme plus et s’encrasse plus vite. Pour le fioul domestique, le raisonnement est identique.

Questions fréquentes

Quel est le prix du fioul domestique aujourd’hui ?

Les prix varient quotidiennement selon les régions et les distributeurs. Pour obtenir un tarif actualisé, le plus efficace est de consulter les comparateurs en ligne qui agrègent les prix des principaux fournisseurs, ou de demander directement un devis à deux ou trois pétroliers locaux. Le simple fait de mettre en concurrence deux livraisons fait souvent tomber le prix de 2 à 4 centimes par litre.

Pourquoi le fioul domestique baisse moins vite que le pétrole brut ?

C’est le décalage de stock. Votre distributeur a acheté son fioul au prix fort il y a quelques semaines. Il ne peut pas le revendre au prix bas du jour sans perdre de l’argent. Ce phénomène de retard est structurel : il vaut mieux observer le baril de Brent sur quatre à six semaines glissantes que sur la cotation du jour pour anticiper l’évolution du fioul.

Le fioul domestique va-t-il être interdit ?

La réglementation sur les énergies fossiles évolue. Les chaudières au fioul neuves sont interdites en France depuis juillet 2022 dans les constructions neuves, et leur remplacement dans l’existant est progressivement découragé par les aides publiques. Mais le fioul domestique reste autorisé pour les installations existantes. Une trentaine de millions de foyers français se chauffent encore au fioul. Aucune interdiction totale de l’usage n’est en vigueur à date de publication.

Comment passer commande au meilleur prix ?

Commandez en morte-saison (avril à juin, septembre), comparez les devis de deux ou trois fournisseurs, et regroupez vos commandes avec des voisins si vous êtes en zone rurale pour mutualiser les frais de livraison. Sur une livraison de 2 000 litres, l’écart entre le meilleur et le moins bon tarif dépasse parfois 5 centimes le litre. Cent euros d’écart pour trois coups de fil.

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Votre recommandation sur cours du fioul domestique en 2025

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Q1 Taille d'exploitation ?
Q2 Volume annuel consommé ?
Q3 Votre priorité ?