12 grammes. C’est la dose de poudre de bouillie bordelaise à diluer dans un litre d’eau pour protéger efficacement un rang de tomates contre le mildiou, sans brûler le feuillage. Ce chiffre n’est pas une approximation: il correspond à une concentration de 2,4 grammes de cuivre métal par litre, le seuil qui bloque les spores des champignons cryptogamiques sans dépasser la limite de tolérance des tissus jeunes. Pourtant, sur le terrain, beaucoup d’exploitants continuent de doser « à la cuillère », entre 10 et 20 grammes, parce que l’étiquette reste vague et que personne n’a pris le temps d’expliquer le calcul.
On va le faire. Dans cet article, on vous donne les grammages exacts par culture pour préparer 1 litre de bouillie bordelaise, la méthode de mélange qui évite la cristallisation, le calendrier d’application en fonction du stade végétatif, et on démonte les trois erreurs qui coûtent le plus cher en gaspillage de produit et en perte de récolte. Pas de généralités: des doses, des plages de température, des délais avant récolte, et le raisonnement agronomique derrière chaque chiffre.
Ce que contient réellement un sachet de bouillie bordelaise
La bouillie bordelaise n’est pas un produit standardisé au gramme près d’un fournisseur à l’autre: elle contient majoritairement du sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux. La formulation en poudre mouillable titre généralement 20 % de cuivre métal, ce qui signifie qu’avec 100 grammes de produit commercial, vous appliquez 20 grammes de cuivre actif sur la culture. Cette concentration de 20 % est la référence pour tous les dosages qui suivent. Si votre fournisseur propose une formulation dosée à 30 ou 40 % de cuivre métal, la dose par litre doit être réduite proportionnellement, nous y revenons dans le tableau.
Le mode d’action est préventif et de contact. Une fois la bouillie pulvérisée sur le feuillage, le cuivre libère des ions qui bloquent la germination des spores de mildiou et d’autres champignons cryptogamiques avant qu’ils ne pénètrent les tissus. Il ne soigne pas une feuille déjà infectée, il empêche la contamination suivante. C’est pour cette raison que la régularité et le positionnement avant les pluies comptent bien plus que la dose unitaire.
Le lessivage est un adversaire direct de l’efficacité. Une pluie de 20 mm peut lessiver 30 à 40 % du cuivre déposé, d’où la nécessité de renouveler l’application après un épisode pluvieux significatif, même si la dose initiale était correcte. Avec 1 litre de préparation, vous couvrez environ 10 m² de feuillage, ce qui correspond à quelques mètres linéaires de culture selon la densité de plantation.
Tableau des dosages pour 1 litre: tomates, pommes de terre, vigne, arbres fruitiers
Un litre de bouillie, ce n’est pas un traitement de masse, c’est la dose de précision pour une intervention localisée, un jeune plant, ou pour calibrer un pulvérisateur avant de monter en volume. La fourchette que vous lisez sur l’emballage (« 10 à 25 g/L ») cache des besoins très différents selon l’espèce, l’âge du feuillage et la pression maladie.
Voici les dosages validés par les pratiques culturales, ramenés à un litre d’eau, pour une poudre à 20 % de cuivre métal. Les doses sont exprimées en grammes de produit commercial.
| Culture | Dosage (g/L) | Stade d’application | Remarque clé |
|---|---|---|---|
| Tomate | 10 à 15 g | Dès 25 cm de hauteur | Augmenter à 15 g en période humide; ne pas dépasser 15 g sur jeunes feuilles. |
| Pomme de terre | 15 à 20 g | Dès 20 cm de végétation | Viser 20 g si le mildiou est déclaré dans la région. |
| Vigne | 10 à 20 g | Stade 3-4 feuilles à véraison | 10 g en préventif strict, 20 g en pression forte. |
| Arbre fruitier | 15 à 25 g | Après floraison | 15 g sur poirier sensible au cuivre, 25 g sur pommier en année pluvieuse. |
Pour les plantes sensibles au cuivre, jeunes plants, certains rosiers, certains porte-greffes, ne dépassez pas 10 grammes par litre et espacez les applications d’au moins 15 jours. Le surdosage provoque des nécroses marginales sur feuilles qui ressemblent à des brûlures de soleil, mais qui sont en réalité une phytotoxicité au cuivre.
La règle de conversion pour d’autres formulations est simple: si votre poudre titre 30 % de cuivre métal au lieu des 20 % usuels, la dose pour 1 litre doit être divisée par 1,5. Par exemple, une dose de 15 g/L de produit à 20 % devient 10 g/L de produit à 30 %. C’est une règle de proportion que trop peu d’étiquettes rappellent, et qui explique certaines brûlures incompréhensibles.
Préparer un litre de bouillie sans grumeau ni obstruction de buse
La manipulation du sulfate de cuivre et de la chaux ne supporte pas l’improvisation. Une bouillie mal préparée bouche les buses en dix minutes ou sédimente au fond du pulvérisateur, transformant votre traitement en eau claire à la première secousse.
Pesée et dilution en deux étapes
Pesez la quantité exacte de poudre nécessaire avec une balance de précision. Pour un litre, l’écart entre 10 et 15 grammes est trop faible pour être approximé à la cuillère: une cuillère à café rase contient environ 5 grammes de produit, une cuillère à soupe 10 à 12 grammes, mais cette équivalence varie de 20 % selon la densité de la poudre et la granulométrie. Ne faites pas confiance aux cuillères quand la dose doit être précise.
Versez le produit dans un petit récipient contenant 20 cl d’eau tiède (ni froide, ni chaude). Remuez énergiquement jusqu’à obtenir une pâte homogène sans grumeaux. Puis complétez avec le reste de l’eau pour atteindre 1 litre au total, en continuant d’agiter. Le mélange final doit avoir la consistance d’un lait bleuté, sans particule en suspension.
Quel matériel pour 1 litre?
Un pulvérisateur à main de 1 ou 2 litres, avec une buse à turbulence, convient pour des interventions ponctuelles. Vérifiez que la buse est bien calibrée: un débit trop fin réduit la couverture, un jet trop fort lessive le produit avant qu’il ne sèche. La pression idéale se situe entre 2 et 3 bars. Ne conservez jamais le reste de bouillie d’une séance à l’autre: en 24 heures, le cuivre précipite et l’efficacité devient nulle.
Pour des volumes plus conséquents, 5, 10 litres ou davantage, l’extension se fait par simple multiplication des doses, mais le matériel change. À partir de 10 litres, on passe sur un pulvérisateur à dos équipé d’une rampe, et c’est là que la question du carburant entre en jeu si vous traitez de grandes surfaces avec un tracteur. Avant de partir en traitement, jeter un œil à la jauge de votre cuve à fuel vous évite la panne au milieu du champ.
Quand et comment appliquer: les trois paramètres qui décident du résultat
Pulvériser 1 litre de bouillie bordelaise sur une culture n’a d’intérêt que si le produit reste en place suffisamment longtemps pour agir. Trois paramètres régissent la tenue du traitement: le stade végétatif, la météo du jour, et la technique d’application.
L’intervention préventive: la règle des 10 cm
Sur tomate, déclenchez la première application dès que les jeunes feuilles atteignent 10 cm de hauteur. Sur pomme de terre, attendez que les tiges dépassent 20 à 25 cm. Sur vigne, le signal est le stade 3-4 feuilles étalées. C’est le principe de la couverture précoce: le mildiou s’installe sur les organes jeunes, donc on protège d’abord les pousses, pas les feuilles basses déjà résistantes.
La météo idéale et les seuils à ne pas franchir
Appliquez toujours sur feuillage sec, sans rosée, sans vent. La plage de température optimale se situe entre 10 et 25 °C. En dessous de 10 °C, le cuivre est moins actif et la plante métabolise lentement. Au-dessus de 25 °C, l’eau s’évapore trop vite et la concentration en cuivre sur la feuille peut dépasser le seuil de phytotoxicité, en particulier sur les cultures sensibles.
Le critère le plus fiable n’est pas le thermomètre, mais l’écart avec la prochaine pluie. Il faut au minimum 6 heures de temps sec après la pulvérisation pour que le dépôt cuivrique adhère à la cuticule. Une pluie survenant dans ce délai réduit l’efficacité de moitié, et une pluie de 20 mm peut lessiver 30 à 40 % du cuivre. Si la météo annonce moins de 6 heures de répit, reportez l’intervention.
La pulvérisation à 50 cm
Maintenez la buse à environ 30 à 50 cm du feuillage. Trop près, vous lessivez le produit; trop loin, vous ne couvrez que la face supérieure des feuilles, alors que les spores de mildiou se fixent souvent sur la face inférieure. L’objectif est un film léger et uniforme sur les deux faces. Avec 1 litre de bouillie, traitez en priorité les tiges et les jeunes pousses, là où la maladie pénétrera.
Les exploitants qui traitent de grandes surfaces avec un tracteur savent que la consommation de GNR n’est pas neutre dans le coût du traitement. Un itinéraire de pulvérisation optimisé, c’est aussi du carburant économisé. Notre article sur comment rouler moins cher avec un diesel détaille les réglages qui allègent la facture, sans lien direct avec la bouillie, mais avec la même logique de précision.
Les trois erreurs qui transforment 1 litre de bouillie en une dépense inutile
L’erreur de dosage est la plus visible, mais elle n’est pas la seule. Trois pratiques courantes vident votre pulvérisateur sans protéger la culture, et elles coûtent plus cher que quelques grammes de cuivre.
Erreur n°1: traiter par temps sec et chaud « pour que ça sèche vite »
C’est l’idée la plus répandue et la plus dangereuse. Au-dessus de 25 °C, l’eau du mélange s’évapore avant que le cuivre ne forme un film régulier. Résultat: des concentrations locales de cuivre qui brûlent la feuille, et une couverture incomplète qui laisse des portes d’entrée au mildiou. Les dégâts ressemblent au mildiou, ce qui conduit à augmenter la dose au traitement suivant, amplifiant le problème.
Erreur n°2: préparer la bouillie la veille pour gagner du temps
Une fois diluée, la bouillie bordelaise se dégrade en quelques heures. Le cuivre précipite, la chaux décante, et le mélange perd son homogénéité. Même en secouant vigoureusement, la suspension n’est jamais parfaitement reconstituée. Le lendemain, vous pulvérisez de l’eau légèrement cuivrée, inefficace. La bouillie se prépare dans l’heure qui précède l’application, jamais plus.
Erreur n°3: négliger le délai avant récolte
La bouillie bordelaise est un produit de contact qui ne pénètre pas dans la plante, mais le cuivre reste en surface. Le délai avant récolte réglementaire est de 7 à 14 jours selon les cultures. Ne traitez pas une culture à moins d’une semaine de la récolte, car les résidus de cuivre sur les fruits dépasseraient les limites maximales de résidus autorisées. Sur des cultures destinées à la vente, cette négligence peut entraîner un refus de lot.
Calendrier de traitement: de la levée à la dernière pluie
Un litre de bouillie se raisonne aussi dans le temps. Plutôt qu’une litanie de dates, voici les fenêtres d’intervention où une petite quantité de bouillie, bien positionnée, fait toute la différence.
Tomates de plein champ
Commencez les pulvérisations lorsque les plants atteignent 25 cm de hauteur, avec une dose de 12 g/L. Renouvelez tous les 10 à 14 jours en période humide, et systématiquement dans les 48 heures suivant une pluie de plus de 15 mm. En période sèche, espacez jusqu’à 3 semaines. Arrêtez les traitements 14 jours avant la première récolte.
Pommes de terre de consommation
Le traitement débute à 20 cm de végétation, à 15 g/L, avec un renouvellement tous les 7 à 10 jours dès que le mildiou est signalé dans le secteur. La dose peut monter à 20 g/L en juillet-août si les rosées matinales sont fréquentes. Délai avant récolte: 7 jours minimum.
Vigne
La vigne demande une couverture continue de la pousse à la véraison. Le premier passage se fait au stade 3-4 feuilles à 10 g/L, puis on répète toutes les 2 à 3 semaines en augmentant progressivement jusqu’à 20 g/L en encépagement serré et en année à forte pression. Après la véraison, la sensibilité au mildiou décroît mais le cuivre accumulé sur les grappes doit être inférieur au seuil réglementaire à la vendange: respectez un délai de 21 jours avant récolte.
Arbres fruitiers
Appliquez après la floraison, à 20 g/L pour les pommiers et poiriers tolérants, 15 g/L pour les espèces plus sensibles comme l’abricotier. Un second passage 3 à 4 semaines plus tard suffit dans la plupart des régions, sauf printemps exceptionnellement pluvieux.
Notez que la fréquence des traitements influe directement sur le nombre de tours de roues du tracteur et donc sur le poste carburant. Si vous calculez vos coûts de traitement à l’hectare, un calculateur de consommation de carburant peut vous aider à intégrer le GNR dans le prix de revient de chaque passage phytosanitaire.
Questions fréquentes
Puis-je préparer ma bouillie bordelaise à l’avance, et quelle est sa durée de conservation une fois diluée?
Non. Une fois le mélange réalisé, le cuivre commence à précipiter en moins de 6 heures. La suspension perd son homogénéité et l’efficacité chute fortement. Préparez uniquement la quantité nécessaire pour l’application du jour et ne conservez aucun reliquat. Le produit en poudre non dilué, en revanche, se garde plusieurs années au sec et à l’abri du gel.
Comment doser la bouillie bordelaise pour 1 litre si je n’ai pas de balance?
La seule méthode fiable sans balance est d’acheter un doseur gradué fourni par le fabricant avec le produit, ou d’utiliser une petite cuillère-mesure étalonnée pour ce produit spécifique. Les équivalences à la cuillère à café (environ 5 g rase) ou à soupe (environ 10 g) ne sont qu’indicatives et varient de 20 % selon la granulométrie et le tassement de la poudre. Pour un dosage à 12 g/L, l’erreur peut dépasser 30 % et ruiner le traitement.
Quelle est la différence entre la bouillie bordelaise en poudre et le prêt à l’emploi en vaporisateur pour 1 litre?
Les produits prêts à l’emploi en vaporisateur contiennent une solution déjà diluée, souvent à une dose fixe standardisée (par exemple 15 g/L). L’avantage est la simplicité, mais le choix de la dose ne peut pas être ajusté à la culture ni à la pression maladie. De plus, le prix au litre de solution est nettement plus élevé qu’une dose de poudre préparée par vos soins, pour une efficacité identique. Pour un usage agricole, la poudre reste le choix économique et technique.
Peut-on traiter par temps de pluie?
Non. La pluie lessive le cuivre avant qu’il n’adhère au feuillage. Si une pluie de plus de 5 mm survient dans les 6 heures suivant l’application, il faut renouveler le traitement. Mieux vaut anticiper: appliquez la bouillie la veille d’une période de temps sec annoncée, même si le sol est humide.
Toutes les cultures tolèrent-elles la bouillie bordelaise?
Non. Certaines espèces sont particulièrement sensibles au cuivre: les jeunes semis de cucurbitacées, les haricots, les célosies, ou certains porte-greffes de poirier. Même à 10 g/L, ces cultures peuvent montrer des symptômes de phytotoxicité. Consultez toujours la fiche produit ou les préconisations techniques de votre coopérative avant toute première application sur une culture nouvelle pour vous.
Votre recommandation sur dosage bouillie bordelaise pour 1 litre
Quelques questions rapides pour adapter la recommandation à votre cas.
Merci, voici notre conseil personnalisé sur dosage bouillie bordelaise pour 1 litre.
D'après vos réponses, le mieux est de reprendre l'article ci-dessus en focalisant sur les passages qui parlent de votre situation : c'est là que se trouvent les recommandations les plus concrètes pour vous. Bonne lecture !